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Maître de sa traduction d’un instant, mais aussi du temps de sa réflexion, le peintre est doué de la capacité irremplaçable de concilier paradoxalement analyse et synthèse. Il me semblait qu’il avait ainsi l’avantage définitif sur le photographe, avant que Philip Plisson  n’entre dans ma culture.

Marin de cœur puisqu’il vit sa passion de jeunesse, marin de fait puisqu’il est de ceux qui acquièrent dans les embruns leurs titres  de navigateurs, Philip Plisson  appartient discrètement, sous un look tiré à quatre épingles, à cette race fougueuse des hommes et des femmes de mer dont le regard conserve comme une fatalité la nostalgie des grands espaces venteux, tout gênés qu’ils sont d’être seulement de passage.

Il a choisi de mettre son talent au service du leur, quand leurs jeux déchaînant d’incroyables forces vibrantes font éclater la mer, dans la somptueuse fête perpétuelle des étonnants navigateurs des temps nouveaux.
Un tableau peut se commenter, puisque auteur et observateur possèdent leur propre vérité. Les photographies de Philip Plisson  déroutent le commentateur bavard, car elles existent seules, pures, évidentes, absolues.
Force, tension, puissance contenues aux limites extrêmes par l’intelligence, la mesure, l’harmonie, la tendresse, se transmutent en vitesse, en lumière, en traits fulgurants de formes, de couleurs et de joie. Philip Plisson  sait les percevoir, les saisir, tout cela est banal. Il sait aussi, et c’est là son secret diabolique, les contenir au plus bel instant de leur trajectoire aléatoire, au paroxysme de leur puissance libérée.

Photographe de l’impondérable, il est celui qui peut en conserver non seulement la beauté de l’impression, mais aussi l’énergie, comme si cet arrêt sur l’image n’était qu’une facétie d’un espace-temps suspendu un instant. Il faut pour cela un immense talent sans doute, mais une volonté tenace aussi, la lente acquisition solitaire parmi la multitude, de la maîtrise et de l’aisance technique sans lesquelles aucun artiste ne saurait s’exprimer pleinement.
On nomme cela la vocation.

S’il éprouve le bonheur calme des peintres lorsqu’il promène son objectif assagi sur un estuaire breton gagné par la marée montante, Philip Plisson  est surtout le maillon irremplaçable nécessaire à notre mémoire collective. Il entre pour cela en majesté chez les Peintres de la Marine, héritiers d’Ozanne  et de Vernet.

Jusqu’alors préservé de l’accélération du temps, le monde de la mer est en mutation. L’un des rares à avoir franchi le miroir, Philip Plisson  nous apporte d’au-delà des apparences d’étonnants témoignages.

Contre-Amiral François Bellec
De l’Académie de Marine.

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