Partager l'article ! Tsunami... un Peintre de la Marine témoigne.: Les images en boucles depuis vendredi sur le Japon ont réveillé chez Philip des souvenirs ...

Les images en boucles depuis vendredi sur le Japon ont réveillé chez Philip des souvenirs douloureux de ce mois de janvier 2005 au cours duquel le monde entier avait été touché par les images du Tsunami en Indonésie. Philip qui, huit jours après le sinistre, avait passé deux semaines dans la région d'Aceh, en Indonésie était revenu avec ses images et ses mots.
"Témoigner, c'est le rôle, la mission et le devoir du Corps des Peintres de la Marine". Aussi, lorsque le SIRPA me proposa de rejoindre la "Jeanne" au Sri Lanka en compagnie de Jean-François Deniau, j'avais répondu "présent". Comme tout le monde, depuis le 26 décembre, j'avais, à travers les médias, pu prendre conscience de cette catastrophe. Jamais je n'aurais imaginé que sur le terrain, ce drame était d'une dimension aussi inhumaine.
Les premiers jours, nous étions seulement autorisés, par le gouvernement indonésien, à faire des reconnaissances aériennes sans pouvoir nous poser. Nous avons pu en suite héliporter des vivres et de l'eau à des villages qui n'avaient reçu aucun secours depuis le 26 décembre.
Ces images existent pour ne pas oublier, et pour penser à celles et ceux qui
depuis 3 jours vivent dans ce chaos.
Première mission héliportée. Après deux jours de survol pour repérage, le gouvernement indonésien nous autorise enfin à distribuer de
l’eau et des vivres dans les villages inaccessibles qui n’ont vu aucun secours depuis le 26 décembre.
Photo : Stéphane Dugast
Premier Décollage pour l'opération Béryx
Le 4 janvier 2005, la Jeanne d’Arc et le Georges Leygues appareillaient de Djibouti, à destination du nord de l'Indonésie, avec à leur bord 5 tonnes de médicaments, 80.000 litres d ’eau et 6.000 rations de combat pour venir en aide aux victimes.
Jean-François Deniau est à bord avec moi lors de ce premier vol.
Le silence en dit long sur notre état d'esprit!
Trois semaines après le passage de la vague, l’eau ne s’est toujours pas retirée.
Nous approchons d'un village, ou de ce qu'il en reste...
Nous allons nous poser sur une ancienne route, à proximité du village, pour assurer la sécurité et prévenir les populations de l’arrivée d’un hélicoptère Puma
A peine l'hélicoptère posé, la population se dirige vers nous!
Un signe international : le besoin d'eau potable!
Photo : Stéphane Dugast
Nous découvrons une population particulièrement disciplinée et attentive au discours du jeune Enseigne de Vaisseau.
La distribution se passe dans le silence et l’ordre.
L'eau qui a tout détruit, mais aussi l'eau sans laquelle la vie n'est plus possible!
Nous prenons alors conscience que ce village, a l’origine de 700 habitants, ne compte plus que 150 âmes, dont de très nombreux orphelins.
Enfin l'eau!
Ces enfants sont muets, agars et incapables de transporter les vivres et l’eau que nous leur offrons
D'autres par contre retouvent les forces de s'amuser...
Le temps est venu de faire le bilan, sans trop savoir comment commencer...
La richesse de cet homme : un vélo pour se déplacer et quelques objets récupérés...
Ils sont nombreux malgré tout à s'activer sur les trottoirs
On nettoie et on balaye quand cela est possible. Sur les pas de porte, on tente de récupérer des objets dans ce mélange de gravas, de boues, de béton et de bois.
Autour, tout n'est que ruines.
À toute vitesse, des ambulances roulent le long de ces rues et avenues dévastées. À leur bord, des hommes au nez et à la bouche masqués pour supporter les odeurs. De temps en temps, une de ces ambulances s'arrête afin d'embarquer des cadavres déposés le long de la route.
Déployés au large de la côte sinistrée par le tsunami, les marins de la Jeanne d'Arc et du Georges Leygues vont tour à tour débarquer dans cette ville de Meulaboh qui n'en finit pas de panser ses plaies.
La plupart des façades sont éventrées. Les rez-de-chaussée dévastés
Le village de Gleebruk, dans la banlieue d’Aceh a été totalement aspiré. Il ne reste plus que la mosquée dont la pendule s’est arrêtée à 08h26.
Aucune trace de vie, pire encore, aucune trace de matériaux de construction. La mer est repartie avec la mémoire de ce village.
Vue de l'hélicoptère Puma, il ne reste plus rien ou presque. Quelques habitations en dur. Autour, c'est un véritable champ de ruines. Comme après un bombardement.
Au moins 228.429 personnes ont trouvé la mort ou seront portées disparues et présumées mortes dans le nord de l'île indonésienne de Sumatra entre Ahcé et Meulabo.
Les mots ne pourront jamais être à la hauteur de la réalité!
On estime à 4000 bateaux de pêche détruits ou disparus tout au long de cette côte et c'est certainement le premier problème à résoudre: reconstruire rapidement une flotte de pêche, première activité économique de cette région.
Après avoir survolé 400 kilomètres de trait de côte dans la province d'Aceh, entre Banda Aceh et Meulaboh, j'ai compris qu'il ne restait plus, sur une bande d'un kilomètre au minimum, que quelques vivants et des morts.
L'image la plus forte, c'est ce village près de Banda Aceh où, seule, la mosquée a résisté au tsunami.Plus aucune trace de vie, plus aucune trace du passé, la mer s'est transformée en un gigantesque aspirateur.
Aéroport de Banda Aceh: un pont aérien humanitaire 24/24h.
L'aide humanitaire, qu'elle soit militaire ou civile, nous fait croire que malgré tout l'Homme peut se surpasser et partager, sans tenir compte de ses origines, croyances, ou religions...
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