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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 08:30

01.421

Cette image qui a fait le tour du monde est, une fois de plus, une belle histoire d’hommes à l’origine. Nous sommes le 30 décembre 2006. Dans l’après-midi, mon ami Daniel Manoury, mon pilote d’hélicoptère depuis 17 ans, vient me rendre visite à la maison. Nous parlons de notre passé, de nos aventures, de notre complicité car demain, 31 décembre, c’est le dernier jour où Daniel pourra piloter sa machine. Il est à la retraite obligatoire le 1er janvier 2007. À la maison, la télévision est allumée sur la chaîne météo car un avis de grand frais est annoncé. Je suis donc l’évolution de cette dépression. Vers 17 heures, les conditions se précisent. J’appelle Toulouse, le service des prévisionnistes Marine avec qui j’entretiens des rapports réguliers et exceptionnels. J’ai alors  la confirmation d’un avis de coup de vent de 8 à 9 Beauforts. J’appelle ensuite mon ami Carlos, le commandant de l’Abeille Bourbon qui me confirme que les prévisions sont musclées et qu’il est déjà sur zone au mouillage sous le Stiff à Ouessant. Je lui pose directement la question : « Si je viens demain matin au plus fort de la dépression, pourras-tu naviguer pour faire des images ? ». Il me confirme que mon autorisation préfectorale est toujours valable et qu’il ne voit aucun inconvénient à ce que nous nous retrouvions autour de 10 heures dans le nord est de Ouessant, près du « Trou de l’enfer ».

31 décembre 2006. Pour mon ami Daniel, c’est son dernier jour de vol après une très longue et très belle carrière de pilote, d’abord dans l’armée de l’air puis dans le civil chez Héli Bretagne. Il enregistre plus de 15 000 heures de vol à son compteur… Il décolle de Vannes et passe me prendre à La Trinité. Mon assistant est en congé alors j’embarque mon ami et gendre Younick dans l’aventure. Pour me faire plaisir une dernière fois, Daniel a installé les doubles-commandes. Depuis des années, Daniel m’a donné le goût du pilotage de l’hélicoptère. C’est devenu une passion.

Je prends les commandes, direction Ouessant. Arrivé sur zone, nous nous posons sur le terrain pour couper et mettre la machine en configuration photo. J’enfile mon harnais pour travailler dehors, debout sur le patin. Younick prépare le matériel photo, prêt à répondre à mes demandes. Nous nous comprenons très bien car il a été mon assistant pendant un an en 1992.

Daniel reprend les commandes, direction l’Abeille Bourbon qui fait déjà route. La suite se passe de commentaires. L’addition des conditions de mer, du plus beau remorqueur de haute mer et le talent du pilote ont écrit la suite de l’histoire. La qualité spectaculaire des images est à mettre au crédit du commandant et de l’équipage de l’Abeille qui ont fait passer ce bateau dans la zone la plus perturbée, autour de Ouessant, les jours de gros temps.

À la fin des prises de vues, le commandant Carlos, me demande par radio de me mettre au-dessus de l’étrave de l’Abeille, alors qu’il avait changé de cap, et me précise que l’Abeille avait la houle "dans le cul". Pratiquement en stationnaire au-dessus de la plage avant de l’Abeille, nous avons vu sortir tour l’équipage avec en tête, Carlos. Ils ont alors déroulé une grande banderole qu’ils avaient préparée sur laquelle était écrit en grand : « Merci Daniel ! » Oui, ce jour-là, tous les marins, tous les hommes et femmes d’images pouvaient dire un grand merci à notre cher Daniel qui, par tous les temps, nous avait si bien placé au cœur de notre sujet : la Mer. Si la Terre sépare les hommes, la Mer les rapproche. La preuve, une fois de plus.
Un seul regret dans cette aventure, la réaction du groupe Bourbon, qui m'a refusé d'embarquer quelques mois plus tard à bord de l'Abeille pour compléter mon reportage et qui n'a jamais accusé réception du grand tirage que j'avais offert comme épreuve d'auteur au Président. Les remorqueurs de haute mer sont affrétés par la Marine sous l’autorité des préfets maritimes. Mais les services de communication de cet armement, avait refusé qu'un Peintre de la Marine soit embarqué à bord d’une de leur unité.

Ma satisfaction aujourd’hui, ce sont les milliers d’images de l’Abeille qui habillent les bureaux comme les foyers des Français et qui a rendu populaire, l’intervention de l’État en mer. 

Pour finir la journée et fêter ce dernier vol, nous sommes passés par l’île de Sein où mon ami Brigitte nous avait préparé un ragoût de homard. Enfin, après avoir refioulé à Quimper, j’ai piloté pour rentrer sur Vannes. C’était la dernière heure de vol de mon ami Daniel.

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    Seul ce remorqueur peut traverser la mer par gros temps !

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  Au second plan, le phare du Créac'h à Ouessant

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  A la demande du Commandant, nous nous mettons en stationnaire au dessus de la plage avant

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  Tout l'équipage se retrouve à l'avant avec la pancarte qui remercie Daniel

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  Un très beau moment  de partage !

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  Nous laissons ensuite l'Abeille repartir et nous nous dirigeons vers Ouessant.

 

Retrouvez les images de l'Abille Bourbon sur notre Galerie de vente en ligne

www.plisson.com

&

sur notre photothèque en ligne www.photo.plisson.com

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Published by Philip Plisson
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commentaires

REVOL 24/02/2015 12:12

merci beaucoup pour ces très belles et fortes images.

Serckx Alain 18/01/2015 19:22

De tout cœur avec vous contre les attaques qui vous atteignent.
Merci d'avoir fait d'aussi beaux livres.
J'ai passé le Raz de Sein sur Joshua. Vos photos sont les plus belles.

Alain Serckx
Belgique

Philip Plisson 21/01/2015 19:08



Je suis très touché par votre message. Merci beaucoup!