Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /Avr /2009 10:06



Si les Peintres de Marine ont leurs lettres de noblesse, ils le doivent à Joseph Vernet qui, par son oeuvre, "les vues des ports de France", éclaire le XVIIIe siècle et pas le moindre : le Siècle des lumières.
Homme de Provence, adoubé par Louis XV, le voici "pêcheur d'images" d'émotions iodées, douze ans durant - de 1753 à 1765. À ce titre, il est fait "Peintre des marines de Sa Majesté".
C'est donc bien une "commande royale" des Editions du Chêne qui honore aujourd'hui Philip Plisson.


Deux cent cinquante ans après Vernet, et dans la lignée des émules de celui-ci, dont Louis Garneray, sous l'Empire, fut la haute figure, en passant par le Brestois Ozanne, Plisson, ses boîtiers et objectifs Canon en batterie et fort de son statut d'artiste de "La Royale" (Peintre de la Marine depuis 1991) embarque pour une oeuvre au long cours qui le conduira tout le long du  littoral, depuis les côtes flamandes, jusqu’à la Riviera Italienne.

Comme Vernet, dont le journal du roi indique, à la date du 27 septembre 1753 : "Il est décidé que Vernet sera chargé de peindre tous les ports de France", Plisson, depuis son havre de La Trinité-sur-mer, en Morbihan, échafaude un véritable mémorial de la vie de notre trait de côte en trois tomes :
De Dunkerque à Ouessant, soit 1.600 milles nautiques
De Ouessant à Hendaye, soit 1.850 milles
De Cerbère (Catalogne) à Macinaggio (Corse), soit 1090 milles. Il espère atteindre cette dernière à la saison des cimes enneigées...

Selon un découpage dicté par la "Lithosphère" d'Arnaud Guérin, spécialiste des archives du littoral, il passera 18 mois à sillonner nos côtes, s'enfonçant jusqu'où remonte la marée : Rouen, Pont-Aven, Redon, Nantes, Bordeaux, etc... oeuvrant pour un véritable travail d'inventaire de notre patrimoine maritime.

Philip Plisson  a souhaité dédier ce projet ambitieux au courage et au dévouement d'une population discrète et efficace, les Sauveteurs en Mer, en espérant favoriser ainsi la reconnaissance publique de ces bénévoles qui risquent parfois leurs vies pour sauver celle des autres..

Quand les fameux Hospitaliers Sauveteurs Bretons (HSB) prenaient la mer voilà des décennies, c'était des marins au secours d'autres marins. Aujourd'hui, les bénévoles de la SNSM  sortent à 80% pour porter assistance à des plaisanciers...

À raison de 6 heures de photographie par jour, plutôt tôt le matin et tard le soir, soit 265 jours de mer et à une vitesse moyenne de 8 noeuds, Philip Plisson produira cet inventaire unique destiné à marquer l'histoire moderne, la plus exhaustive possible, d’une France vue de la mer.
Déjà, avec son immense travail sur les phares, dont il offrit 300 tirages originaux au Premier ministre de l'époque (Lionel Jospin), Philip Plisson avait ouvert la voie de cette chasse aux chefs d’œuvre en péril.

À l'époque de Louis XV, Joseph Vernet recevait 6.000 livres par tableau. Ses "frais de voyage, de séjour et autres dépenses, peines, soins, pertes de temps, etc..." lui étaient remboursés.
Trois siècles plus tard, l'avenir des Océans suscite d'ardents débats. Voici donc que pointe un "Grenelle de la mer" à l'initiative du ministre de l'Ecologie, de l'Energie et du Développement durable. Histoires d'eaux...

Comme il l'a toujours fait, anticipant sur les passions ou les préoccupations de son temps, Philip, ne se contente pas de parler de la mer et de refaire le monde sur une planisphère, aussi écologique soit-elle. Conscient, comme le titre d'un de ses livres symboliques que "La Mer est l'avenir de la Terre", il la sillonne de nouvelles vagues en marées bleues pour la montrer telle qu'elle est et non telle qu'on rêverait qu'elle soit.
Grâce à lui, une image (de mer) vaut mille mots.
Il n'est pas étonnant que deux millions et demi de foyers français ont accroché "un Plisson" à leur mur, ne serait-ce que pour le plaisir des yeux et pour répondre à un besoin de mer.

C'est pour continuer à faire rentrer la mer dans le cœur des Français que Plisson se lance de nouveau, avec Pêcheur d'Images, dans cette belle aventure. Mais sans l’aide de l'Etat, ni "remboursement de frais de voyage" comme au temps du grand Vernet et de ses dignes émules.
Reste qu'avec un projet aussi valeureux, il y a de quoi agiter les rêves de généreux mécènes et autres amis de "La Royale"...
Ah, si le Roi savait ça !

                                                                                   Patrick Mahé

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